Avec ses « Grands entretiens de la philanthropie », le Fonds de Dotation Transatlantique donne la parole à des philanthropes engagés. Aujourd'hui, Léopold Meyer, président des Amis du Centre Pompidou, partage avec nous son action philanthropique au service de l’enrichissement et du rayonnement des collections du Musée national d'art moderne - Centre Pompidou.

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous impliquer dans une activité philanthropique, et plus particulièrement à assumer le rôle de président des Amis du Centre Pompidou ?

Cet engagement se nourrit à la fois de ma passion pour l’art et du désir de rendre ce que j’ai reçu. J’ai eu la chance de passer beaucoup de temps, enfant, dans les musées, puis j’ai étudié l’histoire de l’architecture à New-York où j’ai passé de très nombreuses heures à visiter les institutions culturelles. C’est là-bas que j’ai pris conscience du rôle à jouer par l’initiative privée dans la constitution de collections accessibles à tous. À mon retour en France en 2007, j’ai désiré retrouver cette proximité avec le monde des musées et suis ainsi devenu un des Amis du Centre Pompidou. Au fil des années, j’ai soutenu de nombreuses initiatives portées par cette association, tout d’abord en qualité de membre, avant d’être nommé administrateur puis trésorier et enfin président en septembre 2017, succédant à Didier Grumbach.

Rejoindre une institution nationale dont la vocation est de révéler des œuvres modernes et contemporaines au plus grand nombre fut une grande fierté. Le Centre Pompidou abrite en effet la deuxième plus grande collection internationale d’art moderne après le MoMA de New-York et la première d’Europe, avec plus de trois millions de visiteurs par an. De nombreuses œuvres la constituant ont été attribuées par don, par legs ou encore par dation mais également via des acquisitions pour lesquelles les Amis du Centre Pompidou tiennent une place centrale : en 2019, ils ont ainsi permis au Centre Pompidou d’acquérir 110 nouvelles œuvres conçues par 64 artistes.

Vous avez étudié et vécu aux États-Unis. Pensez-vous que la philanthropie américaine puisse être une source d’inspiration pour les institutions culturelles de France ?

Non seulement l’association des Amis du Centre Pompidou s’inspire du mécénat pratiqué aux États-Unis - dont j’admire tout particulièrement le professionnalisme - mais elle a également la chance de compter parmi ses membres de plus en plus d’Américains avec lesquels elle partage l’ensemble de ses initiatives. Aux États-Unis, la générosité est pour ainsi dire une étape obligée en cas de réussite financière : nombre d’Américains passent donc la première partie de leur vie à gagner de l’argent et la seconde à le redistribuer. La philanthropie y est un marqueur social prégnant, siéger au board d’un musée permettant par exemple d’accéder à un cercle fermé très prisé et de manifester publiquement sa réussite. De fait, les montants de dons aux États-Unis sont de plus en plus significatifs. Toutefois, le soutien de l’État à la culture y est bien moins fort qu’en France où des projets innovants, comme la création du Centre Pompidou en 1977, reçoivent une impulsion décisive des pouvoirs publics.

D’aucuns pourraient avoir le sentiment que l’État est moins audacieux que les acteurs privés, mais cela me semble inexact ; il faut savoir que la politique culturelle française fait rêver bien des institutions culturelles à travers le monde. Par ailleurs, je tiens à souligner le dynamisme de la philanthropie en France : depuis 2016, le montant des dons consentis par les Amis du Centre Pompidou a doublé et sa progression est constante. Sans compter que la force de la philanthropie à la française réside dans sa capacité à créer des liens au travers de moments de partage et de transmission. Au-delà de l’engagement financier, nos donateurs tissent des relations étroites entre pairs, mais aussi avec le musée et la scène artistique. Ils n’ont ainsi de cesse d’échanger avec les conservateurs du musée, des artistes au sein de leur atelier, des collectionneurs, des galeristes, etc. et bénéficient d’un accès privilégié au monde de l’art grâce à des visites exclusives d’expositions ou à des voyages culturels sur-mesure.

En quoi la philanthropie joue-t-elle selon vous un rôle décisif dans l’univers artistique, notamment au travers de cercles de mécènes comme les Amis du Centre Pompidou ?

La philanthropie joue un rôle croissant dans l’univers artistique international et, à plus forte raison encore, en France du fait du désengagement de l’État dans l’acquisition d’œuvres d’art. Dans une économie mondialisée où le marché de l’art croît rapidement, l’État nécessite toujours davantage de ressources complémentaires pour enrichir ses collections. Depuis les années 2000, les Amis du Centre Pompidou ont donc lancé de nouvelles actions de mécénat, telles que l’organisation d’un dîner de gala, et créé 12 comités d’acquisition thématiques permettant aux passionnés de s’investir dans la vie du musée et de participer au débat culturel dans leur domaine artistique de prédilection. Par exemple, le Cercle International, créé en 2013, rassemble une centaine de grands mécènes français et internationaux pour lesquels sont organisés chaque année plus de dix événements lors de foires internationales, ainsi que de grands voyages pour aller à la rencontre des artistes, galeristes, collectionneurs et institutions amies partout dans le monde. Ce cercle agit tout à la fois comme une vigie par l’étude fine des scènes artistiques locales explorées et comme un réseau d’ambassadeurs actifs du musée à l’étranger.

Par ailleurs, afin de participer au rayonnement futur de l’Institution, les Amis du Centre Pompidou ont inauguré en 2019 un comité en faveur de la recherche scientifique, Mission Recherche, dont les membres financent chaque année jusqu’à cinq bourses pour des missions de recherche orientées vers l’acquisition d’œuvres. Au-delà de ce soutien aux jeunes chercheurs, les Amis du Centre Pompidou s’efforcent d’éveiller de jeunes amateurs d’art contemporain au mécénat et à la collection, notamment via un groupe réservé aux moins de 40 ans, Perspectives, qui compte actuellement 120 membres.

Repères biographiques

Léopold Meyer débute sa carrière au sein de la société Les Nouveaux Constructeurs, avant de rejoindre Neuf Telecom (aujourd’hui propriété du groupe SFR). En 2005, il part pour les États-Unis où il étudie l’histoire de l’architecture à l’Université Columbia. À son retour en France, il fonde la société patrimoniale d’investissement Florac qui accompagne des entrepreneurs aux projets stratégiques ambitieux, dans les domaines de la mode, de l’alimentation, de l’immobilier et du tourisme, et favorise l’émergence de leaders nationaux et internationaux.

L’association des Amis du Centre Pompidou

Créée en 1903, la « Société des Amis du Musée du Luxembourg », reconnue d'utilité publique en 1924 devient en 1946 la « Société des Amis du Musée national d'art moderne », et enfin « Les Amis du Centre Pompidou » en 2017. Aujourd'hui centenaire, elle poursuit sa vocation d'enrichissement des collections d'art moderne et contemporain du Centre Pompidou grâce à la générosité de ses donateurs. Elle contribue ainsi au développement et au rayonnement de l'Institution en France et à l'étranger. En savoir plus : https://www.centrepompidou.fr/fr/Mecenes-et-partenaires/Les-amis-du-Centre-Pompidou/

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Achevé de rédiger le 31/12/2019