Entretien

Grands entretiens de la philanthropie :
Denis Duverne

Le Fonds de Dotation Transatlantique donne la parole à des philanthropes engagés dans le cadre des Grands entretiens de la philanthropie. Aujourd'hui, Denis Duverne s'exprime sur l'initiative Changer par le don qu'il a contribué à lancer et qui vise à encourager les personnes aisées à s'impliquer dans la philanthropie.

Fonds de Dotation Transatlantique : qu'est-ce qui vous a motivé à lancer l'initiative Changer par le don ?

J'ai vécu plusieurs années aux États-Unis et j'ai été fortement inspiré par l'initiative du Giving Pledge de Warren Buffet et de Bill Gates. Le contexte est évidemment très différent de l'autre côté de l'Atlantique : en termes de valeur, la philanthropie ne représente que 0,3% du PIB français, alors qu'elle atteint près d'1,5% du PIB américain. Néanmoins l'idée d'un mouvement collectif d'ampleur visant à promouvoir la philanthropie en France m'a plu. Elle m'a semblé d'autant plus importante que le remplacement de l'ISF par l'IFI m'a permis de saisir les motivations parfois purement fiscales de certains nouveaux philanthropes. J'ai alors proposé à Serge Weinberg (ndlr : Président du Conseil d'administration de Sanofi et Trésorier de l'Institut du Cerveau et de la Moëlle Epinière) de se joindre à moi, il est plus facile d'être à deux pour mener une telle initiative.

FDT : l'initiative propose deux modalités d'engagement : donner 10% de son revenu ou 10% de son patrimoine. Quels objectifs poursuit cet engagement à la carte ? Et, plus généralement, pourquoi un seuil à 10% ?

Le seuil d'engagement de 10% constitue un engagement philanthropique significatif et permet de rendre l'initiative compatible avec la fiscalité française, notamment en matière de réserve héréditaire et pour rester sous le seuil du plafond de réduction de l'impôt sur le revenu (ndlr : 20%). La double proposition permet de mobiliser différents profils de philanthropes : certains ont des revenus élevés mais n'ont pas forcément un patrimoine important ; à l'inverse, d'autres - souvent au moment d'une cession d'entreprise - se retrouvent à la tête d'un patrimoine important et souhaitent en partager la jouissance sous forme de don. Bien entendu, il s'agit d'un engagement « sans date » : il peut aussi bien prendre la forme d'un don que d'un legs.

FDT : dans quelle mesure estimez-vous que l'implication des citoyens les plus fortunés dans des projets philanthropiques peut avoir une incidence positive sur la cohésion sociale ?

Serge Weinberg et moi partageons la conviction que l'on ne peut pas à la fois souhaiter que l'État réduise la dépense publique et la pression fiscale et ne pas imaginer que la relève doive être prise par le secteur privé. C'est notamment le cas en ce qui concerne la solidarité, la culture, l'éducation ou la recherche médicale. En France, le secteur associatif se distingue par sa créativité ; il est devenu un lieu important d'innovation sociale, pour autant qu'il dispose des moyens adéquats. Aujourd'hui, il y a trop d'organismes sociaux en situation de dépendance quasi-exclusive vis-à-vis de la puissance publique pour leur financement ; cela ne me paraît pas être une situation viable. La participation des personnes aisées est donc essentielle pour renforcer la cohésion sociale.

FDT : un peu plus d'une soixantaine de personnes ont d'ores et déjà adhéré à l'initiative et vous vous êtes fixé un objectif de 400 signataires d'ici à la fin de l'année. Nous avons parmi nos lecteurs de potentielles recrues pour Changer par le don. Qu'avez-vous envie de leur dire pour les inciter à rejoindre le mouvement ?

Avant toute chose, ne vous laissez pas impressionner par la liste des signataires. L'unique objectif de notre initiative est de porter un effort collectif pour susciter de nouveaux engagements philanthropiques par effet d'entraînement, pas de « se faire voir » ni de créer un club de riches. Rejoignez-nous : aujourd'hui, nous ne pouvons plus compter sur le seul État pour faire avancer le pays, nous avons besoin que chacun donne de son temps et de son argent.

Repères biographiques

Diplômé d'HEC et de l'ENA et Président du Conseil d'administration d'AXA, Denis Duverne est un philanthrope confirmé : sa brillante carrière professionnelle est en effet jalonnée par de nombreux engagements personnels au service de l'intérêt général. Il préside notamment la Fondation pour la Recherche Médicale, et il est engagé au sein de la Fondation HEC, d'Enfants du Mékong, de la Chaîne de l'Espoir, ainsi que dans la levée de fonds pour la restauration de Notre-Dame de Paris. Convaincu de l'importance de l'engagement des citoyens les plus aisés au service du bien commun, il a lancé l'initiative Changer par le don fin 2018, avec Serge Weinberg, Président du Conseil d'administration de Sanofi et trésorier de l'Institut du Cerveau et de la Moëlle Épinière.