#HORIZONMARCHÉS

Sommes-nous en train de vivre un krach obligataire ?

L’année 2021 signe l’une des pires années de l’obligataire. La tendance se poursuit en 2022.
Mais peut-on parler d’un krach obligataire ?
Quelles en ont été les causes et les conséquences ?

Retrouvez votre rendez-vous avec Nadja de Benedit, responsable de la gestion obligataire chez Dubly Transatlantique Gestion.

Transcription de la vidéo

Horizon marchés : sommes-nous en train de vivre un krach obligataire ?

Interview de Nadja de Benedit, responsable de la gestion obligataire chez Dubly Transatlantique Gestion.

Sommes-nous en train de vivre un krach obligataire ?

En mars 2020, devant l’ampleur de la pandémie et de ses possibles répercussions sur la croissance, les banques centrales ont agi avec une ampleur et une rapidité sans précédent. Résultat : une récession contenue et des bilans de banques centrales qui s’envolent.

Ainsi, le bilan de la réserve fédérale américaine est-il passé d’un peu moins de 4 000 milliards de dollars en mars 2020 à plus de 8 500 milliards aujourd’hui. Sur la même période, le bilan de la banque centrale européenne est passé de 4 700 milliards d’euros à plus de 8 700 milliards d’euros. Avec les vaccins et le retour d’une reprise forte de l’activité, les banques centrales ont décidé de normaliser leur politique monétaire et cela d’autant plus que les chiffres d’inflation repartaient fortement à la hausse. Ainsi, dès la fin 2021, la FED annonçait la fin de ses plans d’achat d’actifs obligataires et la possible remontée de ses taux d’intérêt, la BCE lui emboîtant le pas.

Ce revirement des banques centrales a eu pour conséquence une forte correction des actifs obligataires. L’année 2021 signe l’une des pires années en termes de performance de l’obligataire (-4.71%). Il faut remonter à 1999 pour faire pire. Tous les actifs obligataires (exception faite du haut rendement américain) ont fini l’année dans le rouge. Et force est de constater que ce mouvement se poursuit en 2022 avec une remontée continue et forte des taux d’intérêt.

Mais peut-on parler d’un krach obligataire ?

Le dernier krach en 1994. Lorsque la banque centrale américaine a décidé de relever le taux de ses « Fed funds » de 3,0% à 3,25%, elle a pris le marché à contre-pied, personne n’étant préparé à un cycle de politique monétaire restrictive.

Il s'agissait en effet du 1er resserrement monétaire depuis près de 5 ans, qui provoqua l’affolement des investisseurs. En mois d’un 1 an, les taux américains à 2 ans sont passés à 7,7% (+ 350 points de base) et ceux à 10 ans à 8,0% (+ 230 points de base).

Cette flambée des taux s’est ensuite propagée à Londres, Paris et Berlin. Partout, les investisseurs ont bradé les anciennes obligations d’État qu’ils avaient en portefeuille, déclenchant un gigantesque cycle de pertes dans un climat de volatilité généralisé.

Quelles en ont été les causes ?

Le Covid avec les fermetures partielles de l’économie chinoise mais également l’invasion de l’Ukraine (choc sur les prix de l’énergie et les matières agricoles) ont provoqué une flambée de l’inflation : les derniers chiffres d’inflation sont de +7.9% en février aux US et de +7.5% en Europe en mars, ces chiffres hors alimentation et énergie (données que l’on considère plus volatiles) sont tout de même de +6.4% et de +2.5% respectivement.

Après avoir considéré ces pressions inflationnistes comme transitoires, l’on voit bien que les banques centrales commencent à sérieusement s’en inquiéter et ce qui affole les investisseurs et les poussent à vendre leurs obligations c’est le fait que celles-ci malgré des hausses de taux envisagées et l’arrêt des programmes d’achat ne soient pas capables d’enrayer le mouvement. Sans oublier les conséquences que peuvent avoir les hausses de taux sur la dynamique de croissance. Le pire serait une remontée forte des taux qui casse la croissance mais qui n’arrive pas à ramener l’inflation autour de son objectif de 2% sur le moyen / long terme.

Quelles en ont été les conséquences ?

Le marché anticipe dorénavant 9 hausses de taux aux États-Unis, ce qui conduirait le taux directeur à passer de 0.5% à plus de 2.5% fin 2022. Le taux 10 ans américain, après un plus bas à 0.5% en pleine crise Covid (juillet 2020) est passé de 1.5% le 31/12/2021 à plus de 2.77% aujourd’hui (soit plus de 126 points de base de hausse). Le mouvement est encore plus violent sur les échéances courtes puisque le taux 2 ans est passé dans le même temps de 0.73% à 2.49% (+176 bps). Mêmes causes mêmes punitions : en Europe le taux allemand 10 ans est passé de -0.18% à +0.81% depuis le début de l’année. Ces mouvements ont des répercussions sur toutes les classes d’actifs obligataires qui s’enfoncent, ainsi que ce soit les segments des émetteurs les mieux notés ou le haut rendement, les performances sont de l’ordre de -10% et de -6% (du 31/12/2021 au 11/04/2022).

Par exemple : Le détenteur d’une obligation émise par l’État allemand sur une maturité de 10 ans aurait perdu plus de 7% depuis le début de l’année.

Nous ne sommes pas exactement dans le même schéma qu’en 1994 mais oui cela ressemble fort à un krach obligataire !

À très bientôt pour un nouveau point Horizon Marchés.